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L’histoire de Maimie Pinzer

MAIMIE PINZER COURONNÉE PROCHAIN MESSIE JUIVE DE MONTRÉAL, 2023

Le 6 juillet 2023, Tamara Kramer, avec la Chavurah du Mile End à Montréal, a organisé un événement à la recherche de la prochaine « Messie juive ». L’événement « If Not Leonard… ? » visait à honorer les Montréalais·es juif·ve·s qui ont contribué à la vie et au patrimoine de Montréal. Quatre héros juifs ont été honorés et la salle a voté pour Maimie Pinzer. En hommage à son travail, Stella a reçu un espace pour peindre une murale de Maimie. Cette murale se trouve maintenant dans une ruelle du Mile End et peut être vue en entrant dans la ruelle verte entre Hutchison et Durocher, Fairmont et Saint-Viateur.

NOTRE NOM

Le nom de notre organisme a été inspiré par les travailleuses du sexe courageuses et fortes qui se sont organisées dans l’infâme quartier Red Light de Montréal. En 1910, une femme de Philadelphie nommée Maimie « Pinzer » est arrivée à Montréal – elle avait exercé à peu près tous les métiers accessibles aux femmes à l’époque, y compris la prostitution. Maimie ouvre un refuge à Montréal entre 1915 et 1917, ironiquement appelé « Montreal Mission for Friendless Girls » (Mission montréalaise pour les filles sans amies) – un nom qui plaît aux prohibitionnistes de l’époque qui cherchent à réformer et à réhabiliter les prostituées. Elle utilise cet espace pour créer une communauté et une solidarité entre les prostituées de Montréal. Elle décrit ces femmes comme étant fières, dignes et autonomes dans une série de lettres publiées pour la première fois en 1977 sous le titre The Maimie Papers. L’espace communautaire de Maimie a été l’une des premières mobilisations des travailleuses du sexe à Montréal qui a été documentée à date.

Stella Catherine Conway (appelée Stella « Phillips » dans The Maimie Papers) est née le 10 février 1896 et décédée le 10 septembre 1953. Des mois de recherches intensives en 2024 ont permis d’obtenir une petite collection d’articles de journaux à son sujet, y compris durant sa période d’adolescente prostituée en fugue, une liasse de ses mandats d’arrêt et son avis de décès. Tout cela a abouti à la découverte émouvante de sa tombe anonyme au cimetière de Côte-des-Neiges.  Sous le nom de Stella « Philips », elle se rendait souvent dans l’espace communautaire de Maimie. Dans The Maimie Papers, Maimie parle de Stella comme d’une femme dynamique et vivante, et il est clair qu’elle était l’une des préférées de Maimie. Nous portons son nom pour représenter notre force, notre beauté et nos vies audacieuses et dynamiques.

DISCOURS QUI A VALU À MAIMIE D’ÊTRE RECONNUE

Voici le discours que nous avons prononcé au sujet de Maimie devant la communauté du Chavurah du Mile End, et qui lui a valu d’être reconnue comme une membre estimée et respectée de la société montréalaise :

Maimie Pinzer est la candidate sous-estimée de ce soir. Elle est la féministe méconnue et la leader communautaire qui a créé un espace pour les femmes rejetées par la société.

 

Parfois appelée Maimie Jacobs, Mamie Pinzer a eu de nombreux noms de plume. Maimie a commencé à travailler en tant que prostituée pour sortir sa famille de la pauvreté. Sa mère l’a cependant fait arrêter et placer dans une maison de correction jusqu’à ce qu’elle ait 18 ans. En 1913, elle quitte Philadelphie pour s’installer à Montréal et retourne au Red Light parce que l’agitation et l’argent lui manquent. Maimie est surtout connue pour le centre communautaire qu’elle a créé, la « Mission de Montréal pour les filles sans amis » – le premier organisme laïque qui permettait aux femmes de la nuit rejetées de se rencontrer, de se faire des amies, de renforcer leurs capacités et d’acquérir de nouvelles compétences professionnelles, ainsi que de ressentir un sentiment d’appartenance. Le centre était également un moyen d’aider les femmes à éviter d’être emprisonnées dans des maisons de correction.

La plupart des gens connaissent Maimie grâce à un livre intitulé « The Maimie Papers », écrit par Ruth Rosen. Il s’agit d’une série de lettres adressées par Maimie à son amie Mme Howe, qui a ensuite financé le centre communautaire.

Maimie a fondé le centre communautaire à une époque marquée par la persécution, la prohibition et les préjugés à l’encontre des femmes qui tentaient d’améliorer leur situation économique en travaillant comme prostituée. Elle a été surnommée « l’entrepreneuse OG et l’arnaqueuse de la charité extraordinaire » : les lettres qu’elle adresse à Mme Howe témoignent de son esprit stratégique et créatif – une femme qui s’appuie sur le langage de la respectabilité pour obtenir un soutien aux besoins des laissées-pour-compte de la société. Mais elles montrent aussi que Maimie n’était pas une conformiste. Elle se battait pour créer un espace pour les travailleuses du sexe en plein milieu des mêmes défis que nous rencontrons aujourd’hui : des idéologies et des pouvoirs qui étiquettent les travailleuses du sexe comme des victimes vulnérables et qui les ignorent et les infantilisent en les considérant comme incapables de prendre leurs propres décisions. Ce cadre prohibitionniste a dicté la répression sociale, culturelle et juridique du travail de l’autonomie corporelle des travailleuses du sexe, à l’époque comme aujourd’hui.

Les actions de Maimie ont inspiré tout un mouvement de défense des droits des femmes travaillant dans l’industrie du sexe. En 1995, un groupe de travailleuses du sexe et d’alliées de Montréal a fondé l’organisme communautaire Stella, l’amie de Maimie – nommée en hommage de Maimie et l’une des travailleuses du sexe (Stella) dont parle Maimie dans ses lettres. Trente ans plus tard, les travailleuses du sexe viennent dans notre espace pour être elles-mêmes, partager des ressources vitales et, ultimement, redistribuer le pouvoir dans la société.

Les façons dont les communautés effacées se réapproprient leur espace et les actions qui maintiennent en vie le récit édifiant de cet effacement sont illustrées dans le travail de Maimie. Son travail rend hommage à la création d’espaces communautaires plus sécuritaires pour les personnes persécutées et nous rappelle qu’ils sont nécessaires pour se partager nos histoires, se mobiliser, s’aimer entre nous et, en bref, assurer la survie des travailleuses du sexe.

Maimie est une féministe qui, malgré les tentatives des prohibitionnistes d’éradiquer les prostituées, a créé un espace communautaire florissant qui a persévéré. La reconnaissance du militantisme de Maimie et d’autres travailleuses du sexe est la dernière frontière pour les féministes présentes ce soir.

 

La contribution de Maimie va au-delà du centre communautaire qu’elle a créé : elle témoigne de la résilience des femmes qui se sont opposées aux institutions répressives qui emprisonnaient les femmes dans la pauvreté.

Son centre communautaire sur Ontario ouest, aujourd’hui détruit, nous rappelle que les histoires du quartier Red Light de Montréal ont été déchirées et remplacées par des bâtiments brillants, des projecteurs rouges et des « visites guidées du quartier Red Light » qui chassent les travailleuses du sexe de la ville tout en continuant à tirer profit de nos histoires.

Nous devons changer la façon dont les gens parlent des travailleuses du sexe – plutôt que de se souvenir des prostituées de la ville comme des secrets qu’il faut sensationnaliser et cacher – plutôt que d’utiliser les travailleuses du sexe comme des pions dans les débats politiques ou pour vendre Montréal comme la « ville du péché » – nous devons honorer les travailleuses du sexe qui créent de la vie et de la passion dans la ville.

Nous devons également honorer les femmes qui servent d’inspiration aux femmes vivant dans la pauvreté et leur rappeler que ces femmes peuvent, elles aussi, avoir accès aux ressources, aux services et à l’amour de la communauté.

Le fait qu’une travailleuse du sexe soit suffisamment importante pour qu’on se souvienne de son histoire est une source d’inspiration pour les travailleuses du sexe d’aujourd’hui – rendre hommage à Maimie en fait partie. Envoyez un message aux travailleuses du sexe d’aujourd’hui en honorant celles du passé.