Zone de tolérance dans Hochelaga-Maisonneuve : lorsqu’un agenda politique prime sur la sécurité des femmes

19 juin 2012 Le maire de l’arrondissement Hochelaga-Maisonneuve-Mercier, Réal Ménard, a décidé de mettre en place une zone de tolérance dans son arrondissement et ce, sans considérer le bien-être et la sécurité des femmes travaillant sur la rue. Lors du conseil d’arrondissement d’Hochelaga-Maisonneuve tenu le 18 janvier 2010, les résidents étaient nombreux à exiger du maire qu’il cesse la répression auprès des travailleuses du sexe (tds) de rue du quartier. Ils ont exigé plus de ressources pour celles-ci. Le maire a répliqué en mettant en place un comité qui se pencherait sur la question. Siègent sur ce comité : Stella, Dopamine, l’Anonyme, Tandem, le CSSS Lucille-Teasdale, le poste de quartier 23, Réal Ménard et ses conseillers. Cela fait maintenant deux ans que nous travaillons à mettre en place un centre de répit pour les femmes du quartier, nous coordonnons nos efforts pour couvrir davantage le quartier et offrir de nombreuses pistes de solutions face aux "irritants" reliés à la prostitution de rue dans le quartier. L’objectif des groupes qui interviennent dans le quartier n’est pas de forcer les femmes à se sortir du milieu, mais de respecter leur rythme en assurant un continuum de services adaptés à leurs nombreux besoins... ce qui ne répond pas à l’objectif du maire : ne plus voir les indésirables sur la rue dans son arrondissement. C’est d’ailleurs à ce même temps, l’année dernière, qu’il a proposé un plan de répression des clients qui s’est traduit par 76 arrestations de clients en moins d’un mois. Ces arrestations ont eu de nombreuses conséquences : les taux de violence et d’agressions sexuelles ont augmenté, les femmes devaient accepter des clients qu’elles n’auraient jamais accepté avant, ont offert des services qu’elles n’offraient pas, et ce, à des coûts moindres, en plus de devoir rester sur les coins de rue beaucoup plus longtemps qu’avant (augmentant ainsi les plaintes de la part des résidents). Comment M. Ménard daigne-t-il déclarer qu’il considère le bien-être de ces femmes? Lorsque celui-ci nous a présenté son projet il y a deux mois, nous lui avons demandé de prendre le temps de consulter les femmes concernées et de respecter les conditions gagnantes afin d’assurer leur sécurité. Bref, de ne pas faire ce projet dans l’urgence, mais de prendre le temps de bien le faire. M. Ménard pense certainement plus à ses prochaines élections, qui auront lieu l’année prochaine, ainsi qu’aux investissements majeurs qui auront lieu sous peu près de Pie-IX et Sainte-Catherine, plutôt qu’à la sécurité des femmes gravitant sur la rue. La réalité du travail du sexe de rue dans Hochelaga-Maisonneuve est la suivante : environ 40 à 60 femmes travaillent sur la rue. Toutes ces femmes ne consomment pas pour travailler et/ou ne travaillent pas pour consommer. Il est vrai que la prostitution de rue dans le quartier est intimement liée à la consommation de drogue, mais selon le poste de quartier 23, 5 à 10 d’entre elles font l’objet de plaintes de la part des résidents car, de par leur état d’intoxication avancé, elles sont désorganisées et ont parfois des comportements agressifs. Lorsque le maire a fait faire un sondage auprès de 525 résidents et 83 commerçants, à la question "qu’est-ce qui vous dérange le plus face à la prostitution dans le quartier", le plus haut taux de réponse, à 23%, concernait la toxicomanie, et le plus bas taux de répondants ont désigné la sollicitation spécifiquement devant les enfants. Pourquoi donc imposer une zone désignée aux tds de rue, le tout sans infrastructure, alors que ce qui dérange les résidents, c’est la toxicomanie? Et qu’en est-il des femmes intoxiquées? Elles ne fréquenteront probablement pas la zone désignée et n’auront pas plus accès à de l’hébergement et/ou à des services d’injection supervisée. Pour l’organisme Stella, il est clair qu’il est grandement dommageable d’imposer des conditions de travail peu sécuritaires aux travailleuses du sexe. Nous ne sommes pas contre le concept de zone de tolérance si les conditions gagnantes sont mises en place : lieu central et non isolé, ligne d’urgence reliée au SPVM accessible dans la zone, éclairage suffisant, accès à des services de santé (infirmière, travailleuses de rue, etc.) et à du matériel sécuritaire sur place (condoms, seringues, bac de récupération, etc.), ainsi que l’accès à un lieu intérieur pour procéder aux échanges. Prenons exemple sur les réussites à l’international, telles que la zone de tolérance d’Aberdeen en Écosse et les hébergements et logements sociaux à Vancouver dans le Downtown Eastside qui permettent aux femmes de la rue de faire leurs clients à l’intérieur, dans un lieu sécuritaire, où les clients doivent s’enregistrer à l’entrée. Ces deux modèles ont fait leurs preuves quant à la diminution des taux de violence rapportés par les tds, contrairement aux zones de tolérance telles que celle en Hongrie qui se trouve éloignée des lieux centraux, peu éclairée de surcroit et où les taux de violence et de harcèlement policier sont alarmants. L’équipe de Stella a de sérieuses inquiétudes quant à la sécurité des tds de rue du quartier Hochelaga-Maisonneuve et nous exigeons du maire d’arrondissement qu’il prenne en considération les nombreux impacts de l’implantation d’une zone de tolérance éloignée des lieux centraux, sans infrastructure, ni mesure de sécurité et qu’il revoie ses priorités afin de prendre en compte la sécurité de TOUTES les femmes du quartier. À propos de Stella Stella est un groupe communautaire créé et géré par et pour des travailleuses du sexe de Montréal. Depuis 1995, les travailleuses du sexe impliquées à Stella luttent dans le but d’améliorer les conditions de vie et de travail des travailleuses du sexe, promouvoir leur santé et faire respecter leurs droits humains. Pages reliées : Sex in the shadows, Patrick Lejtenyi, Mirror, 21.06.2012 Zone de tolérance de la prostitution à Montréal : projet contesté, Désautels, Radio-Canada, 19.06.2012 Zone de tolérance pas sécuritaire, selon Stella, Josianne Desjardins, Montréal Express, 14.06.2012 Prostitution à Montréal : vers la création d’une maison de répit, Cyril L'Allinec, Métro, 14.06.2012